|
Chronique santé
Les
questions et réponses de cette chronique ont été
tirées des numéros antérieurs de la revue SVB.
Toutes les informations contenues dans cette section sont vérifiées
et actualisées périodiquement par le Dr Michel Ruel du Centre
hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), pavillon CHUL.
L'intérêt de cette chronique réside dans le fait qu'elle
répond aux questions que les patients fibro-kystiques adressent
le plus fréquemment à leur médecin spécialiste
en fibrose kystique. En cliquant sur le sujet de votre choix, vous aurez
accès aux questions et réponses en rapport avec le thème
sélectionné.
Cliquez-moi Version PDF (1092 Ko)
SYMPTÔMES
Anémie et fibrose kystique
Artériosclérose et maladies cardiaques
Arythmie et tachycardie
Candida
albicans
CO2 et débit doxygène
Diabète et fibrose kystique
Extinction de voix
Fièvre
Hémoptysies
Hippocratisme digital
Hypertrophie du coeur et fibrose kystique
Intolérance au sucre
Mauvaise haleine
Rate hypertrophiée
Reflux gastro-sophagien
Retard de croissance
Pancréatites
Pneumothorax
Polypes nasaux et odorat
Pseudomonas
multirésistant
Sinusite aigüe
Soif
TRAITEMENTS
Antibiotiques
Antibiotiques et bactéries multirésistantes
Antibiotiques et durée des traitements
Antibiotiques, flore intestinale et probiotiques
Antibiotiques intraveineux et exposition au soleil
Antibiotiques : lait et alcool
Antibiotiques et vitamines
Cipro® et entraînement
Tobi®
Anticorps monoclonaux
Cathéter long périphérique
P.A.S. Port et Port-O-Cath
Corticostéroïdes
: action et effets indésirables
Cortisol
Cyclosporine : actions et effets indésirables
Désensibilisation
Enzymes pancréatiques
Ibuprofène
Ibuprofène et cicatrisation
Méthadone
Oméga-3
Oxygénothérapie
Poids et gavage
Pulmozyme®
Sirop contre la toux
Super
anti-inflammatoires (Vioxx®, Celebrex® et BextraMD)
Tamiflu®
Traitements en aérosols
Ventolin® : conservation
Vitamine E et fibrose kystique
TRANSPLANTATION
Greffe du pancréas
Pamplemousse
Transplantation et problèmes rénaux
Grossesse et transplantation pulmonaire
Groupes sanguins
SEXUALITÉ
Sperme
Vaginite
Ventolin® : relation sexuelle et exercice
ViagraMD
PATERNITÉ, MATERNITÉ
Fertilité masculine
Infertilité masculine
VIE SOCIALE
Contamination
GÉNÉRAL
Acné
et Accutane®
Âge médian de survie
Assurance médicale à l'étranger
Clostridium
difficile
Combinaison de gènes et espérance de vie
Dents jaunes
Don de sang
Ecstasy
Épilation
Gaz artériel
Maladies infantiles (variole, rougeole, rubéole, oreillons, etc.)
Mucoviscidose ou fibrose kystique du pancréas ?
Phases de recherche
Plantes d'intérieur
SARM/SAMR
Sports à éviter
Vaccin antipneumococcique
Vaccins antiviraux
Vaccin contre la grippe
Vaccins et voyage
Valeur prédite
Virus du donneur
Anticorps monoclonaux
Pouvez-vous nous parler de cette nouvelle découverte dans la lutte contre les maladies infectieuses appelée technologie des " anticorps monoclonaux "?
Les anticorps sont des molécules produites par un type de globule blanc
(le plasmocyte) et jouent un rôle fondamental dans la réponse immunitaire.
Les substances étrangères à l'organisme (quelles qu'elles soient, des
virus aux échardes) sont marquées par les anticorps et sont ensuite détruites
par les cellules qui reconnaissent cette marque.
La particularité des anticorps monoclonaux réside dans le fait qu'on peut, en laboratoire, produire de ces anticorps en grand nombre et de façon spécifique, c'est-à-dire de façon à ce que leur action soit dirigée contre un élément bien précis de la substance étrangère. La technique pour créer les anticorps monoclonaux fut mise au point en 1975. Depuis lors, les anticorps monoclonaux font partie intégrante des techniques médicales. Actuellement, en clinique et en recherche, on utilise surtout les anticorps monoclonaux pour des fins de diagnostic. Ici, au Centre hospitalier de l'Université Laval, à ce que je sache, les projets en cours utilisant les anticorps monoclonaux sont également à des fins diagnostiques.
Toutefois, dans d'autres laboratoires, on expérimente les anticorps monoclonaux
pour des fins thérapeutiques. En effet, des chercheurs ont émis l'hypothèse
qu'on pourrait lier un antibiotique à un anticorps dirigé contre Pseudomonas,
de sorte que l'antibiotique puisse atteindre plus directement et plus
efficacement le microbe. Des développements plus récents en recherche
visent la mise au point d'un vaccin qui comprendrait des anticorps monoclonaux
et serait efficace contre Pseudomonas.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / juin 1991, no 13, pages 32-33
Gaz
artériel
À l'occasion, mon médecin me demande de subir un "
gaz artériel ". J'aimerais savoir ce que c'est au juste. De plus, j'aimerais
comprendre un peu mieux ce qu'il entend par " PCO2 ".
Pour comprendre ce qu'est un prélèvement de sang artériel, il faut d'abord
savoir ce qu'est une artère. Le système circulatoire comprend :
1) Des artères qui transportent le sang fraîchement oxygéné
par les poumons, du cœur jusqu'aux tissus périphériques;
2) Des capillaires, qui sont de tout petits vaisseaux où se font les
échanges gazeux et nutritifs avec les tissus;
3) Des veines, qui ramènent le sang des tissus périphériques vers le
cœur.
La plupart des prises de sang sont effectuées dans les veines. Quelques-unes
peuvent également se faire par une piqûre sur le bout du doigt, où se
trouve le sang capillaire. Cependant, lorsque l'on désire des renseignements
précis sur la fonction des poumons, il est préférable de recueillir du
sang qui vient juste de sortir du complexe cœur-poumon. Le prélèvement
se fait habituellement en ponctionnant l'artère radiale, située juste
sous la peau, à la face interne du poignet du côté du pouce. Une anesthésie
locale peut s'avérer nécessaire. Comme la pression dans ce vaisseau est
beaucoup plus élevée que dans une veine, une compression de l'artère doit
se faire à la suite du prélèvement pour éviter un saignement.
Le prélèvement, appelé gaz artériel, permet d'analyser l'acidité du sang
(le pH), la quantité d'oxygène ou O2 (PO2) et la quantité de gaz carbonique
ou CO2 (PCO2). On sait tous que l'oxygène est le " carburant " de l'organisme
et que le gaz carbonique représente un des déchets de l'organisme. La
fonction principale des poumons consiste à fournir de l'oxygène au sang
et à éliminer de celui-ci le gaz carbonique. Avec un gaz capillaire (prélevé
sur le bout des doigts), la mesure de l'acidité (pH) et du CO2 (PCO2)
est assez précise, mais la mesure de la quantité d'oxygène (PO2) est moins
fiable. Aussi, dans les atteintes pulmonaires sévères où la mesure des
gaz est essentielle pour préciser si l'oxygénothérapie est nécessaire
et, si oui, en quelle quantité, un gaz artériel s'avère nécessaire.
Notons toutefois qu'un appareil appelé oxymètre ou saturomètre est maintenant
accessible en clinique et sur le marché libre. Avec une petite
pince installée habituellement sur le bout d'un doigt et couplée à un
système optique, on peut évaluer indirectement, quoiqu'avec une assez
bonne précision et sans piqûre, la quantité d'oxygène dans le sang. Sans
éliminer le recours au gaz artériel, cet appareil a permis de réduire
une bonne quantité de ces interventions!
N.B. La PO2 normale se chiffre entre 80 et 100.
La PCO2 normale se chiffre entre 38 et 42.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / juin 1992, no 15, pages 29-30
Don de sang
J'ai 22 ans et suis atteint de fibrose kystique. Je me considère en bonne forme. Je fais régulièrement du sport et suis rarement hospitalisé. À l'université où j'étudie, nous sommes souvent sollicités pour donner du sang. Puis-je le faire sans crainte? Et combien de fois par année?
La plupart des personnes fibro-kystiques ne devraient pas donner de sang. De fait, l'exigence première pour effectuer un don de sang demeure que le donneur soit en bonne santé.
En fait, il ne faut pas que le sang donné puisse causer des problèmes
de santé aux receveurs. Or, les personnes fibro-kystiques en âge de donner
du sang présentent pour la plupart une infection chronique des bronches.
Le risque que des bactéries puissent se retrouver dans le sang à un moment
donné n'est pas négligeable. Le sang contenant des bactéries pourrait
donc causer une infection chez le receveur. Par ailleurs, les patients
fibro-kystiques prennent fréquemment des antibiotiques qui, bien entendu,
se retrouvent dans le sang. Il faut être conscient que le receveur pourrait
être allergique à l'un de ces antibiotiques et développer une réaction
à la suite de la transfusion sanguine.
D'autre part, la majorité des personnes fibro-kystiques ont un problème de malabsorption d'origine pancréatique traité par les enzymes et les suppléments vitaminés nutritionnels. Bien qu'en raison de ces traitements, les problèmes d'anémie ne soient pas fréquents, les personnes fibro-kystiques se retrouvent toutefois assez souvent aux prises avec de faibles réserves de fer. Si une personne présentant une carence en fer donne du sang, elle risque de développer une véritable anémie.
Compte tenu de ces explications, les seules personnes fibro-kystiques qui pourraient se qualifier pour un don de sang sont celles qui sont atteintes d'une forme très mineure de la maladie : elles n'ont besoin ni d'enzymes pancréatiques ni de suppléments nutritionnels; elles n'ont que peu ou pas de bronchiectasies, ne prennent des antibiotiques qu'au besoin et n'en ont pas pris depuis 72 heures avant de donner du sang.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Été 1993, no 17, pages 30-31
Ibuprofène
J'ai entendu parler des nombreux mérites de l'ibuprofène.
Pourriez-vous nous expliquer ce qu'est l'ibuprofène, au juste? Quelles
sont ses propriétés? Qui peut en profiter?
L'ibuprofène est un médicament qui fait partie de la classe des " anti-inflammatoires
non stéroïdiens " (non dérivés de la cortisone). Il possède donc les propriétés
anti-inflammatoires de la cortisone ou de ses dérivés, mais sans être
aussi puissant. On l'emploie surtout dans le traitement des maladies musculo-squelettiques,
particulièrement pour l'arthrite rhumatoïde, laquelle présente une inflammation
des articulations. L'ibuprofène possède également des propriétés analgésiques
(antidouleur) qui peuvent notamment servir à soulager les maux de tête.
De fait, il est actuellement commercialisé à faible dose comme médicament
sans ordonnance, sous le nom d'Advil®.
Sachant que l'inflammation des bronches constitue probablement un facteur
majeur dans la détérioration de la condition pulmonaire, on comprend l'intérêt
qu'ont suscité les médicaments anti-inflammatoires, et l'ibuprofène en
particulier.
En mars 1995, les résultats d'une étude clinique qui comparait
ce médicament à un placebo (comprimé sans ingrédient
actif) ont été publiés. Quatre-vingt-cinq sujets
fibro-kystiques ont participé à cette étude qui s'est
étalée sur une période de quatre ans. Ces patients
avaient une atteinte pulmonaire légère, et les médicaments
étaient ajustés selon des dosages sanguins. Les résultats
ont démontré que les individus prenant l'ibuprofène
subissaient une diminution moins importante de leurs capacités
respiratoires. Toutefois, l'amélioration n'a été
constatée que chez les sujets de moins de 13 ans, et le traitement
n'a pas réduit la fréquence de leurs hospitalisations. Par
ailleurs, l'ibuprofène n'a pas entraîné plus d'effets
indésirables que le placebo.
Une autre étude, celle-ci publiée en 2007, a comparé
l'ibuprofène à un placebo. Cent quarante-deux sujets, âgés
de 6 à 18 ans, ont participé à cette étude
d'une durée de deux ans. Ils avaient tous une atteinte pulmonaire
légère. Les résultats ont révélé
que la capacité respiratoire se détériorait moins
rapidement chez les individus prenant l'ibuprofène que chez ceux
qui prenaient le placebo. De plus, la médication était en
général bien tolérée.
Les données concernant l'utilisation de l'ibuprofène chez
les adultes fibro-kystiques sont limitées à l'étude
de 1995. Dans cette étude, la médication semblait moins
efficace pour les adolescents et les adultes que pour les enfants. Il
est également important de mentionner que l'ibuprofène peut
entraîner des effets indésirables assez sérieux, notamment
en ce qui a trait à l'appareil digestif (irritation, ulcères
et saignements gastrointestinaux). C'est pourquoi, bien qu'il ait été
démontré que l'ibuprofène ralentit la détérioration
des poumons chez les patients fibro-kystiques, ce médicament, surtout
à doses élevées, n'est pas d'usage courant.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Hiver 1996, no 20, pages 24-25
Oxygénothérapie
D'après mon médecin, il serait souhaitable que je commence à prendre de l'oxygène à domicile. Sur quels critères s'appuient les médecins pour déterminer qu'un patient a besoin d'oxygène? Est-ce vraiment utile de prendre de l'oxygène la nuit (comme le veut mon médecin), si la thérapie ne se poursuit pas le jour? Avec le temps, n'y a-t-il pas un danger à ce que je devienne dépendante de ce genre de thérapie?
Les critères pour prescrire l'oxygène à domicile découlent d'études effectuées chez des patients atteints d'une maladie pulmonaire obstructive chronique (bronchite chronique et emphysème, habituellement liés au tabagisme). Une première étude, menée en 1970, montrait que l'oxygène prolongeait la vie des personnes ayant des problèmes respiratoires. Des études subséquentes ont permis de préciser que c'est chez des patients ayant une pression partielle en oxygène inférieure à 55 mm Hg, que l'oxygénothérapie s'avère bénéfique. L'oxygène est aussi profitable pour les personnes qui ont une pression partielle de moins de 60 mm Hg, et des problèmes cardiaques causés par un manque d'oxygène.
En ce qui concerne la durée de l'oxygénothérapie, les études ont aussi démontré qu'il est insuffisant de ne donner de l'oxygène que la nuit aux personnes répondant aux critères ci-dessus mentionnés. Idéalement, on viserait une utilisation continue (24 heures par jour), mais en pratique, on tient à avoir un minimum de 18 heures par jour. Il n'y a pas de dépendance physique ou psychologique à l'oxygène comme c'est le cas pour certains médicaments ou pour les drogues. Toutefois, lorsqu'on commence l'oxygénothérapie chez un patient fibro-kystique, c'est pour l'utiliser de façon permanente ou jusqu'à ce qu'il subisse une transplantation pulmonaire. En effet, le patient qui cesserait l'oxygène s'exposerait à une détérioration de sa condition clinique avec complications cardiaques potentiellement fatales.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Automne 1998, no 23, pages 28-30
Sirop contre la toux
Je suis souvent aux prises, au coucher, avec des quintes de toux incroyables qui m'empêchent évidemment de trouver le sommeil. C'est pourquoi il m'arrive occasionnellement de prendre du sirop contre la toux. Si je n'en abuse pas, trouvez-vous que ce soit une bonne idée?
Je n'apprendrai rien à personne en disant que la toux est un symptôme
omniprésent en fibrose kystique. C'est un réflexe qui, généralement, est
déclenché par la présence de sécrétions en quantité anormale dans les
bronches. C'est donc, dans ce contexte, un réflexe utile et nécessaire
pour pouvoir éliminer adéquatement ces sécrétions (ainsi que les bactéries
présentes dans celles-ci). Le plus souvent, il est donc préférable de
ne pas supprimer la toux.
Toutefois, la toux peut également être déclenchée par d'autres stimuli que les sécrétions bronchiques, notamment par des corps étrangers, du sang ou une inflammation, lesquels peuvent se trouver à d'autres endroits du système respiratoire, dans la gorge ou le larynx. Conséquemment, en certaines circonstances, il peut être approprié de supprimer la toux par une médication, par exemple lorsque la toux est dite " irritative ". D'autre part, lorsqu'il y a un saignement bronchique (hémoptysie), il est également approprié de supprimer la toux pour ne pas aggraver les saignements.
La médication alors employée inclut des antitussifs proprement dits qui atténuent le réflexe de la toux. Il s'agit essentiellement de narcotiques comme la codéine et le dextrométorphane (DM) qu'on peut retrouver en sirop ou en comprimés. D'autre part, la toux peut être provoquée par une hyperréactivité bronchique liée à une inflammation, comme on peut en retrouver dans l'asthme. Dans ce cas, les anti-inflammatoires de la classe des corticostéroïdes (comme le Pulmicort® et le Flovent®) sont très utiles pour maîtriser la toux. Finalement, si elle est causée par une infection des bronches, un ajustement du traitement antibiotique pourra être nécessaire. En résumé, si la toux est fréquente et incommodante, il est important d'en discuter avec votre médecin, afin d'en préciser la cause et d'établir le bon traitement.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Novembre 2000, no 25, pages 37-38
Tamiflu®
J'ai entendu parler d'un médicament contre la grippe qu'on appelle le Tamiflu®. Comment agit-il? S'avère-t-il aussi efficace qu'on veut bien nous le faire croire? Et enfin, ce produit est-il contre-indiqué pour les personnes atteintes de fibrose kystique?
Dans la lutte contre l'influenza, deux antiviraux efficaces ont dernièrement été mis au point contre le virus de la grippe (mais non pas contre les virus du rhume). Il y avait antérieurement des produits tel l'amantadine qui présentaient une certaine efficacité contre les virus de l'influenza A, mais non contre les virus de l'influenza B; les effets indésirables de ces médicaments n'étaient par ailleurs pas négligeables. Récemment sont apparus sur le marché deux médicaments : le Tamiflu® (oseltamivir) et le Relenza® (zanamivir). Le premier est administré sous forme de comprimés, et le second par inhalation. Les deux agissent de la même façon : ils empêchent la dissémination du virus qui a déjà infecté une cellule respiratoire aux autres cellules respiratoires voisines. Leur efficacité est assez comparable pourvu que le traitement soit entrepris dans les 48 heures suivant l'apparition des symptômes. Ils écourtent la maladie d'une journée et demie à deux jours, et réduisent l'importance de la fièvre, de la toux et des douleurs musculaires. Mais surtout, ils limitent le nombre de complications causées par des surinfections bactériennes. Ces médicaments doivent être pris pendant cinq jours, à raison de deux fois par jour. Le Tamiflu® en comprimés peut provoquer, particulièrement au début, des nausées ou des vomissements, mais il est en général bien toléré. Le Relenza®, administré en inhalation, ne provoque que très peu d'effets indésirables, mais le patient doit apprendre à maîtriser la technique d'inhalation (qui n'est tout de même pas compliquée).
Ces deux médicaments ne sont pas contre-indiqués pour les patients fibro-kystiques; ils peuvent être utiles à ceux qui, pour une raison ou pour une autre, n'ont pas été vaccinés avant la saison de la grippe (décembre à mars) ou à ceux qui, plus rarement, présenteraient une grippe malgré la vaccination. Toutefois, ces médicaments ne peuvent être utilisés en prévention. En effet, ils ne protègent pas les patients comme peut le faire un vaccin. La vaccination demeure le principal moyen de prévenir la grippe.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Novembre 2000, no 25, pages 37-38
Vitamine E et fibrose kystique
Je ne comprends pas que mon médecin insiste tant pour que je prenne quotidiennement de la vitamine E. Pourquoi cette vitamine est-elle si importante pour les personnes atteintes de fibrose kystique?
La vitamine E est une vitamine liposoluble, c'est-à-dire que les intestins
ne peuvent l'absorber qu'en présence de lipides. Or, chez les personnes
fibro-kystiques, la pénurie des enzymes pancréatiques entraîne, entre
autres choses, une malabsorption des graisses. Les enzymes pancréatiques
données en capsules ne pallient que partiellement cette malabsorption,
et la vitamine E présente naturellement dans les aliments ne suffit donc
pas. Pour obtenir des taux sanguins normaux, il est donc nécessaire d'ajouter
des suppléments vitaminés à la diète, dont la vitamine E.
Les vertus de la vitamine E sont nombreuses, et sa propriété antioxydante s'avère sans doute l'une des plus importantes. En effet, cette vitamine peut neutraliser les oxydants (substances instables) qui sont susceptibles de provoquer une réaction inflammatoire. Or, on connaît tous le rôle néfaste et destructeur de l'inflammation en fibrose kystique, particulièrement pour les poumons. De plus, il semble de plus en plus certain que la vitamine E exerce un effet bénéfique sur la fonction de la cellule nerveuse et de la cellule musculaire, sur les globules rouges et sur la coagulation du sang.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / 2001, no 26, pages 42-43
Poids et gavage
J'ai beaucoup de difficulté à prendre du poids. Dernièrement, j'ai demandé à recevoir du gavage par voie intraveineuse. Je n'arrive pas à saisir les raisons qui font tant hésiter mon médecin. Est-ce une question de coût, d'efficacité, de dangerosité ou pour toutes ces raisons à la fois?
On appelle habituellement " hyperalimentation intraveineuse ou parentérale " le gavage par voie intraveineuse auquel vous faites référence. Il s'agit d'un mode d'alimentation totale de dernier recours que l'on utilise pour les personnes sous-alimentées, chez qui la voie digestive ne peut pas être utilisée.
Par contre, lorsque l'alimentation orale est insuffisante, mais que le tube digestif demeure fonctionnel - ce qui peut être le cas chez les patients fibro-kystiques - on a recours à l'alimentation entérale. Cette dernière peut s'effectuer de trois façons : par sonde nasogastrique (des voies nasales jusqu'à l'estomac), par gastrostomie (sonde reliée directement à l'estomac) ou encore par jéjunostomie (sonde reliée directement à l'intestin).
L'hyperalimentation intraveineuse ou parentérale est généralement utilisée en milieu hospitalier lorsque l'intestin n'est pas fonctionnel (en raison d'une maladie inflammatoire, d'une infection, d'une tumeur ou à la suite d'une opération) est effectivement plus coûteuse, mais est surtout plus susceptible d'entraîner des complications (formation de caillots dans les veines et infections) à la suite d'une utilisation prolongée de cathéters centraux.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / 2001, no 26, pages 42-43
Greffe du pancréas
La greffe du pancréas peut-elle être utile pour
les adultes fibro-kystiques?
Essentiellement, le pancréas a deux fonctions : fournir des enzymes pour
digérer les aliments et fournir de l'insuline pour pouvoir utiliser le
sucre absorbé. La fibrose kystique entraîne d'abord une déficience de
la première fonction. Toutefois, il faut signaler que le diabète peut
aussi survenir chez les personnes atteintes de fibrose kystique, un phénomène
ne touchant de 15 à 20 % de la population adulte.
La grande majorité des greffes du pancréas sont effectuées pour
traiter le diabète avancé avec défaillance rénale. De plus, ce type de
greffe est généralement réalisé en même temps que la greffe du rein. Des
chercheurs ont perfectionné un autre traitement pour le diabète connu
sous le nom de transplantation d'îlots de Langerhans. Il s'agit d'un procédé
où, plutôt que de transplanter le pancréas au complet, seuls des îlots
de Langerhans (cellules responsables de la production de l'insuline) sont
recueillis chez un donneur et injectés dans le foie du receveur. Toutefois,
bien que ce traitement soit prometteur, il doit encore être perfectionné.
Pour l'instant, il est principalement utilisé dans les protocoles
et ne fait donc pas partie des traitements usuels du diabète.
Bien que la technologie soit suffisamment avancée et que la greffe du
pancréas permette de rétablir une production normale d'enzymes, il faut
voir au-delà de l'intervention. En effet, il faut savoir qu'afin de prévenir
le rejet, il est nécessaire de prendre sur une base régulière des médicaments
qui sont loin d'être inoffensifs, telles la cyclosporine et la cortisone.
Or, comme chez les personnes fibro-kystiques le problème du pancréas qui
ne produit pas suffisamment d'enzymes se maîtrise généralement assez bien
par une diète enrichie, des suppléments vitaminiques et des capsules d'enzymes,
il vaut mieux, à l'heure actuelle, continuer avec le traitement classique.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / juin 1990, no 11, page 31
Transplantation et problèmes
rénaux
Est-il vrai que les personnes qui ont subi une transplantation développent des problèmes rénaux avec le temps? Si tel est le cas, comment expliquez-vous qu'il en soit ainsi? Est-il possible de contourner ce type de complication?
Les patients qui ont subi une transplantation (pulmonaire ou autre) sont
en effet susceptibles de développer des problèmes rénaux. Ces derniers
sont essentiellement causés par l'utilisation obligatoire de médicaments
antirejet. Parmi ceux-ci, le plus important est la cyclosporine A. Bien
qu'essentielle, celle-ci diminue la filtration du sang par les reins et
peut causer de l'hypertension artérielle, ce qui, à la longue, risque
d'affecter le fonctionnement des reins. Son dosage doit donc être bien
ajusté, et advenant une hypertension, il faut la traiter avec des médicaments
appropriés. Un autre médicament semblable, le tacrolimus, est très efficace
pour prévenir le rejet, mais il entraîne les mêmes effets indésirables
que la cyclosporine A sur les reins et la tension artérielle.
Avec la découverte de nouvelles formes de traitements antirejet (nouveaux médicaments moins toxiques, nouvelles formules de médicaments existants), il deviendra sans doute plus facile de préserver la fonction des reins après une transplantation. Une première étude clinique indique que la cyclosporine sous forme d'aérosol pourrait offrir un important avantage quant au taux de survie chez les patients greffés pulmonaires auxquels elle est administrée. Espérons que cette nouvelle formule permette aussi de régler le problème du rejet chronique d'organe, qui représente le plus important obstacle à surmonter dans le domaine de la transplantation. D'autres études à ce sujet s'avèrent donc nécessaires.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Automne 1998, no 23, pages 28-30
|