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Chronique santé
Les questions et réponses de cette chronique ont été
tirées des numéros antérieurs de la revue SVB.
Toutes les informations contenues dans cette section sont vérifiées
et actualisées périodiquement par le Dr Michel Ruel du Centre
hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), pavillon CHUL.
L'intérêt de cette chronique réside dans le fait qu'elle
répond aux questions que les patients fibro-kystiques adressent
le plus fréquemment à leur médecin spécialiste
en fibrose kystique. En cliquant sur le sujet de votre choix, vous aurez
accès aux questions et réponses en rapport avec le thème
sélectionné.
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SYMPTÔMES
Anémie et fibrose kystique
Artériosclérose et maladies cardiaques
Arythmie et tachycardie
Candida
albicans
CO2 et débit doxygène
Diabète et fibrose kystique
Extinction de voix
Fièvre
Hémoptysies
Hippocratisme digital
Hypertrophie du coeur et fibrose kystique
Intolérance au sucre
Mauvaise haleine
Rate hypertrophiée
Reflux gastro-sophagien
Retard de croissance
Pancréatites
Pneumothorax
Polypes nasaux et odorat
Pseudomonas
multirésistant
Sinusite aigüe
Soif
TRAITEMENTS
Antibiotiques
Antibiotiques et bactéries multirésistantes
Antibiotiques et durée des traitements
Antibiotiques, flore intestinale et probiotiques
Antibiotiques intraveineux et exposition au soleil
Antibiotiques : lait et alcool
Antibiotiques et vitamines
Cipro® et entraînement
Tobi®
Anticorps monoclonaux
Cathéter long périphérique
P.A.S. Port et Port-O-Cath
Corticostéroïdes
: action et effets indésirables
Cortisol
Cyclosporine : actions et effets indésirables
Désensibilisation
Enzymes pancréatiques
Ibuprofène
Ibuprofène et cicatrisation
Méthadone
Oméga-3
Oxygénothérapie
Poids et gavage
Pulmozyme®
Sirop contre la toux
Super
anti-inflammatoires (Vioxx®, Celebrex® et BextraMD)
Tamiflu®
Traitements en aérosols
Ventolin® : conservation
Vitamine E et fibrose kystique
TRANSPLANTATION
Greffe du pancréas
Pamplemousse
Transplantation et problèmes rénaux
Grossesse et transplantation pulmonaire
Groupes sanguins
SEXUALITÉ
Sperme
Vaginite
Ventolin® : relation sexuelle et exercice
ViagraMD
PATERNITÉ, MATERNITÉ
Fertilité masculine
Infertilité masculine
VIE SOCIALE
Contamination
GÉNÉRAL
Acné
et Accutane®
Âge médian de survie
Assurance médicale à l'étranger
Clostridium
difficile
Combinaison de gènes et espérance de vie
Dents jaunes
Don de sang
Ecstasy
Épilation
Gaz artériel
Maladies infantiles (variole, rougeole, rubéole, oreillons, etc.)
Mucoviscidose ou fibrose kystique du pancréas ?
Phases de recherche
Plantes d'intérieur
SARM/SAMR
Sports à éviter
Vaccin antipneumococcique
Vaccins antiviraux
Vaccin contre la grippe
Vaccins et voyage
Valeur prédite
Virus du donneur
Artériosclérose et maladies cardiaques
La fibrose kystique rend-elle invulnérable aux maux de notre société? On entend partout que l'artériosclérose, les maladies cardiaques et le diabète sont des maladies qui résultent d'une mauvaise alimentation. Pourtant, nos diètes n'en tiennent pas compte. Pourquoi?
Il s'agit d'un sujet fort complexe. Disons tout d'abord que l'artériosclérose et la maladie cardiaque artérioscléreuse qui en découle sont surtout favorisées par quatre facteurs principaux : l'hérédité, le tabagisme, l'hypertension artérielle et un taux élevé de lipides sanguins (triglycéride et cholestérol). Ce dernier facteur n'est pas causé seulement par une " mauvaise alimentation "; des maladies héréditaires et un mauvais fonctionnement de différents organes y jouent souvent un rôle. La fibrose kystique entraîne une absorption insuffisante des gras, de sorte que la quantité de lipides dans le sang est plutôt basse. Les enzymes pancréatiques et la diète " riche " visent à normaliser la situation, soit à élever les lipides à un niveau normal; cette mesure est essentielle, car les lipides demeurent nécessaires au bon fonctionnement de l'organisme.
Quant au diabète, c'est une maladie plus fréquente dans la population
fibro-kystique que dans la population en général. Toutefois, le diabète
secondaire à la fibrose kystique est une forme distincte de diabète, même
s'il partage des points communs avec d'autres formes de diabète présentes
dans la population générale. En effet, les personnes fibro-kystiques sont
plus susceptibles d'avoir le diabète, non pas à cause d'une consommation
excessive de sucre, mais plutôt parce que le pancréas ne sécrète pas suffisamment
d'insuline. En outre, les infections chroniques et les exacerbations aiguës
nuisent aux effets de l'insuline dans l'organisme. Bien que le diabète
secondaire à la fibrose kystique puisse être difficile à soigner,
un traitement à l'insuline s'avère bénéfique dans la plupart des cas.
Quant aux sucres, il ne faut pas les éliminer complètement, car ils sont, eux aussi, nécessaires au bon fonctionnement de l'organisme; les personnes diabétiques éviteront toutefois les sucres concentrés (chocolat, desserts sucrés). Après cette longue mise au point, revenons aux questions initiales.
· Non, la fibrose kystique ne rend pas invulnérable aux maladies citées plus haut, bien qu'elle tende naturellement à abaisser le taux de lipides sanguins.
· Les diététiciens adaptent les diètes pour atteindre deux buts : d'abord, fournir suffisamment de calories, de lipides, de glucides, de protéines et de vitamines pour répondre aux besoins de l'organisme; ensuite, maintenir des taux normaux (ni trop élevés, ni trop bas) de sucre et de lipides sanguins.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / déc. 1989, no 10, pages 39-40
Diabète et fibrose kystique
On vient de m'apprendre que les infections peuvent causer une glycémie (taux de sucre dans le sang) trop élevée. Lorsque j'ai une infection pulmonaire, je me sens plus faible et je prends alors plus de sucre. Dois-je cesser de le faire?
Chez les personnes fibro-kystiques atteintes de diabète ou de " prédiabète " (intolérance au glucose) - mais non chez les autres fibro-kystiques -, un stress physique aigu, tel qu'une infection pulmonaire, peut amener une augmentation du taux de sucre dans le sang. Toutefois, cette augmentation n'est généralement pas très importante et ne présente habituellement pas de symptômes; le tout rentre dans l'ordre avec le traitement de l'infection. Il faudra cependant parfois augmenter temporairement, chez la personne diabétique, la dose d'insuline.
La faiblesse et la fatigue rencontrées lors des infections pulmonaires
sont dues à l'infection elle-même, ainsi qu'à la détérioration respiratoire
causée par l'infection, et non aux variations de glycémie. Il ne faut
donc pas se priver de sucre, ni en prendre de façon excessive : il faut
continuer la diète habituelle, déjà ajustée par votre diététicien.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / déc. 1989, no 10, pages 39-40
Pneumothorax
Qu'est-ce qu'un pneumothorax?
Pour comprendre ce qu'est un pneumothorax, il faut s'imaginer les poumons logés à l'intérieur de la cage thoracique, entourés d'une enveloppe comportant deux feuillets. Cette membrane, qu'on appelle la plèvre, comporte un feuillet qui recouvre l'extérieur des poumons, alors que le second feuillet tapisse la cage thoracique. Le pneumothorax est un épanchement d'air qui se forme entre ces deux feuillets. Il peut être causé spontanément dans des poumons atteints d'emphysème, par la rupture d'une bulle d'emphysème. Il peut aussi être provoqué par un traumatisme, par exemple un accident d'automobile ou encore l'installation d'un cathéter veineux central par voie sous-clavière.
Chez les patients fibro-kystiques, la formation de ces bulles d'emphysème fait partie de l'histoire naturelle de la maladie. Le traitement optimal de la maladie pulmonaire devrait au moins retarder la formation de ces bulles.
Un pneumothorax est accompagné d'une douleur au thorax - habituellement subite - augmentée par l'inspiration et associée à une accentuation variable de l'essoufflement.
Le traitement d'un petit pneumothorax (moins de 20 % du volume pulmonaire,
tel qu'observé sur une radiographie pulmonaire) peut se faire par le repos
sous étroite surveillance, et le problème peut en fait disparaître
spontanément. En cas d'échec ou d'un pneumothorax plus important, il est
nécessaire d'insérer un drain dans la plèvre, par anesthésie locale, entre
les côtes, afin d'aspirer l'air qui s'y est introduit. Dans le cas d'une
récidive de pneumothorax, le traitement habituel comporte deux possibilités.
La première solution est la pleurodèse chimique. Elle consiste en l'administration
d'une " substance irritante " dans la plèvre, ce qui crée une réaction
inflammatoire. Cette réaction provoque la réunion des deux feuillets de
la plèvre, ce qui empêche l'air de s'introduire entre les deux. L'autre
solution est l'intervention chirurgicale.
Dans le cas particulier de patients fibro-kystiques pour qui on envisage une éventuelle transplantation pulmonaire, on préfère, dans les cas de récidive, répéter le drainage simple plutôt que recourir à la pleurodèse chimique ou à la chirurgie. En effet, ces dernières solutions amènent toutes deux la formation d'adhérences, bandes fibreuses de tissus cicatriciels qui se forment entre la surface des poumons et l'intérieur de la cage thoracique. Les adhérences constituent des complications qui peuvent rendre plus difficile la transplantation pulmonaire.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / juin 1991, no 13, pages 32-33
Hippocratisme
digital
Mes doigts sont caractérisés par un " clubbing " important. Je dois vous avouer que cette anomalie me trouble beaucoup. J'en fais vraiment un complexe. Comment se fait-il que mon " clubbing " soit plus important que celui de mes amis fibro-kystiques, pourtant plus malades que moi? Est-ce qu'il existe des techniques éprouvées pour le faire disparaître?
Le " clubbing " que l'on appelle en français " hippocratisme digital "
est relié à une dilatation des vaisseaux sanguins puis à une prolifération
des tissus situés sous l'ongle des doigts de main et de pied. Ceci provoque
un soulèvement de la base de l'ongle et une augmentation du volume de
l'extrémité des doigts. La sévérité de l'hippocratisme digital se mesure
par l'augmentation de l'angle formé à la jonction comprise entre la base
de l'ongle et la peau adjacente, lorsque le doigt est vu de côté. Un stade
avancé d'hippocratisme digital entraîne l'aspect décrit en termes populaires
par "doigts en baguettes de tambour".
L'hippocratisme ne se rencontre pas seulement chez les personnes atteintes de fibrose kystique. En effet, d'autres maladies pulmonaires, certaines maladies cardiaques, ainsi que des maladies du foie et de l'intestin peuvent également causer ce phénomène.
En fibrose kystique, l'importance de l'hippocratisme varie chez différents individus ayant une atteinte pulmonaire de même sévérité, et ceci, pour des raisons inconnues. Toutefois, l'on peut dire qu'en général, l'hippocratisme progresse parallèlement avec la détérioration de la condition pulmonaire.
On peut faire disparaître l'hippocratisme digital dans les situations où on peut guérir la maladie sous-jacente, par exemple si on opère une tumeur pulmonaire ou on guérit un abcès du poumon. Ceci ne pouvait être fait auparavant chez les personnes fibro-kystiques. Toutefois, on a observé plus récemment que les transplantés pulmonaires pouvaient voir leur hippocratisme diminuer et même disparaître.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / juin 1992, no 15, pages 29-30
Mauvaise haleine
J'ai des problèmes avec mon haleine. Bien que je me brosse régulièrement les dents ou que je me gargarise, le problème persiste. Comment se fait-il que j'aie ce genre de difficulté? Comment puis-je m'en sortir? Sans votre aide, je crains de perdre confiance en moi dans mes relations avec les autres.
Pour les personnes atteintes de fibrose kystique, comme pour la population en général, les problèmes de mauvaise haleine proviennent le plus souvent de la bouche : l'hygiène buccale, les caries dentaires et les maladies des gencives (gingivites) sont souvent en cause. De plus, les problèmes reliés au nez et aux sinus (rhinites, polypes, sinusites), fréquents chez les personnes atteintes de fibrose kystique, peuvent parfois être à l'origine de la mauvaise haleine. Finalement, il faut savoir que dans la fibrose kystique, les bronches dilatées et déformées (bronchiectasies) sont le siège d'une infection chronique. Outre Pseudomonas aeruginosa, d'autres bactéries de type anaérobie (se développant sans oxygène) peuvent donner une très mauvaise haleine. Dans ces circonstances, notre expérience montre qu'en utilisant un antibiotique tel que la clindamycine, on obtient de bons résultats. En somme, la solution passe souvent par le dentiste, sinon par le médecin de la clinique ou le spécialiste en oto-rhino-laryngologie.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Automne 1998, no 23, pages 28-30
Reflux gastro-sophagien
Depuis deux ou trois ans, j'ai des reflux gastriques sévères. Même les antiacides ne parviennent pas à les apaiser. Comment en vient-on à développer ce genre de problème? Pourquoi certaines personnes atteintes de fibrose kystique sont-elles plus vulnérables que d'autres à ce type de complication? Est-il nécessaire de recourir à une chirurgie de l'estomac, et les résultats de l'opération sont-ils vraiment concluants?
Ce dont vous voulez parler est plutôt du reflux gastro-œsophagien, c'est-à-dire
le reflux du contenu acide de l'estomac dans l'œsophage (le tube amenant
la nourriture de la gorge jusqu'à l'estomac). Il n'est pas anormal d'avoir
un peu de reflux; ce qui l'est, c'est d'en avoir beaucoup, car alors l'acidité
du liquide gastrique refluant irrite la muqueuse plus sensible de l'œsophage.
C'est ce phénomène qui provoque une sensation de brûlure dans la région
du sternum (partie supérieure du thorax), et parfois même jusqu'à la gorge.
L'irritation peut aussi engendrer des spasmes dans l'œsophage : la douleur
est alors ressentie comme un serrement semblable à l'angine de poitrine
(douleur cardiaque). Ce problème de reflux est plus fréquent chez les
personnes atteintes de fibrose kystique que dans la population en général.
Parmi les raisons invoquées, on peut citer d'une part la toux chronique,
qui élève la pression à l'intérieur de l'estomac et favorise ainsi le
reflux. D'autre part, ce problème peut aussi être causé par un mauvais
fonctionnement du sphincter gastro-œsophagien (muscle situé à l'entrée
de l'estomac, qui s'ouvre pour laisser passer la nourriture, et se referme
ensuite afin de la garder dans l'estomac). Plusieurs éléments influencent
la contraction de ce sphincter : le tabagisme, l'alcool, le café et le
chocolat peuvent la diminuer. Enfin, des médicaments bronchodilatateurs,
comme la théophylline et le salbutamol (Ventolin®) produisent également
le même effet.
Que faire pour traiter le reflux? Voici d'abord les conseils de base : éviter les gros repas, ainsi que les facteurs qui diminuent la force de contraction du sphincter; éviter aussi de manger avant de vous coucher; et enfin, élever la tête du lit. Nul besoin de discourir sur le tabagisme, dont la toxicité sur le système respiratoire est connue de tous. Quant aux bronchodilatateurs, on ne doit pas cesser leur emploi lorsqu'ils sont nécessaires en traitement respiratoire. En ce qui concerne les médicaments, on utilise d'abord les antiacides, qui neutralisent l'acidité et peuvent suffire lorsque le problème est léger. Toutefois, leur durée d'action étant courte, lorsque le problème est plus important on a recours à des agents qui diminuent la production d'acide gastrique. Les antihistaminiques, dont la ranitidine (ZantacMD), sont efficaces; l'oméprazole (Losec®), appartenant à une autre classe de médicaments, l'est davantage. Si le traitement demeure insuffisant, on peut ajouter des médicaments qui accélèrent la vidange de l'estomac (exemple : Motilium®, Prepulsid®). Avec toutes ces mesures, on maîtrise la très grande majorité des problèmes de reflux gastro-œsophagien. La chirurgie, solution de dernier recours, n'est pas utilisée fréquemment; bien qu'efficace, elle n'est pas sans risque, particulièrement chez les patients qui ont une atteinte pulmonaire importante.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Automne 1997, no 22, pages 30-31
Anémie et fibrose kystique
Selon mon médecin, j'ai un problème d'anémie. J'aimerais comprendre ce qu'est l'anémie. Peut-on facilement régler ce type de problème? Pourrais-je parvenir à l'enrayer en modifiant certaines habitudes de vie (exemple : régime alimentaire)?
L'anémie se définit par une baisse des globules rouges dans le sang. Ces
globules renferment l'hémoglobine qui d'une part, sert à transporter l'oxygène
des poumons aux tissus et, d'autre part, à ramener le gaz carbonique (CO2)
- un des déchets de l'organisme - des tissus jusqu'aux poumons. Un faible
taux de globules rouges se traduit cliniquement par de la pâleur, de la
fatigue et de l'essoufflement à l'effort.
Il est très important de comprendre qu'il peut y avoir plusieurs causes
d'anémie. Il peut s'agir d'un défaut de production des globules rouges
dans la moelle osseuse, problème souvent relié à un manque de nutriments
tels que le fer, l'acide folique ou la vitamine B12. Le manque de nutriments,
quant à lui, peut être dû à un apport alimentaire insuffisant, mais aussi
à une mauvaise absorption dans le tube digestif, ou à une perte
de sang récurrente (par exemple, des pertes importantes de sang lors des
menstruations). L'anémie peut aussi être causée par certaines maladies
affectant le sang ou le système immunitaire, et où les globules rouges
sont détruits plus rapidement que l'organisme n'arrive à les produire.
Pour corriger une anémie, il faut donc traiter le problème à la source. Ainsi, un manque de fer sera compensé par des comprimés de fer, et une carence en vitamines nécessitera une approche du même ordre. Une alimentation adéquate selon les conseils diététiques prodigués à la clinique et la prise régulière d'enzymes pancréatiques demeurent les mesures les plus importantes pour prévenir l'anémie. Toutefois, étant donné les causes multiples de l'anémie, le fait de s'astreindre régulièrement aux contrôles sanguins effectués à la clinique permettra de la dépister précocement et de la corriger avant qu'elle ne devienne importante et symptomatique.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Automne 1998, no 23, pages 28-30
Retard de croissance
Je viens tout juste d'avoir 16 ans. Mon drame, c'est que je me trouve beaucoup trop petit. On a beau me répéter que ma croissance n'est pas terminée, j'ai peur de rester petit toute ma vie. Existe-t-il des tests qui me permettraient de savoir si je peux encore grandir et, si oui, de combien de centimètres? Croyez-vous que mon médecin accepterait de me prescrire des hormones de croissance? Rassurez-moi docteur; le temps joue peut-être contre moi.
En tant que médecin pour adultes, je dois vous avouer que je n'ai pas beaucoup d'expérience dans les problèmes de croissance. J'ai donc cru bon de faire appel à l'expérience de confrères pédiatres endocrinologues. À la lumière de nos discussions, j'ai retenu que la taille maximale définitive atteinte par un individu donné repose sur plusieurs facteurs. Le premier facteur est l'hérédité : en effet, si vos parents et grands-parents ne sont pas grands, vos chances de devenir grand sont réduites. Comme second facteur, il faut retenir le statut endocrinien (hormonal). Les jeunes ayant la fibrose kystique, au même titre que les autres jeunes, sont susceptibles de présenter des déficiences en hormones, particulièrement l'hormone thyroïdienne et l'hormone de croissance. Ces déficiences peu fréquentes peuvent être éliminées, car il existe des traitements spécifiques et efficaces pour y remédier (suppléments hormonaux).
Par ailleurs, ce qu'on retrouve le plus fréquemment chez la clientèle fibro-kystique, ce sont des retards de croissance liés à la malnutrition et surtout à l'infection chronique mal maîtrisée. Ces deux facteurs peuvent retarder la maturation sexuelle et la croissance osseuse, deux composantes du développement étroitement reliées. Or, la malnutrition et l'infection chronique non maîtrisée dépendent du traitement optimal de la fibrose kystique elle-même; je n'insisterai donc jamais assez pour souligner la très grande importance de la fidélité au traitement quotidien. Enfin, dans certaines circonstances, il peut être nécessaire d'accélérer la maturation sexuelle et osseuse par l'utilisation d'hormones sexuelles.
En ce qui concerne votre situation propre, il faut évaluer précisément lesquels des facteurs expliquent votre retard de croissance. Le pédiatre de votre clinique est le mieux placé pour effectuer cette évaluation. Il pourra, au besoin, se faire assister d'un endocrinologue. À la suite de ces tests (sanguins et radiologiques), le traitement le plus approprié (pas nécessairement hormonal) pourra être appliqué.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Hiver 1994, no 18, pages 27-28
Fièvre
Lorsque je me compare à d'autres personnes fibro-kystiques,
je trouve que j'ai souvent de la fièvre. Comment expliquez-vous que certaines
personnes fibro-kystiques aient ce type particulier de manifestation?
Y a-t-il des trucs efficaces pour atténuer l'inconfort occasionné par
les poussées de fièvre?
La fièvre est un signe : elle indique qu'un phénomène inflammatoire se produit dans l'organisme. Bien qu'elle puisse être associée à une tumeur ou à une maladie inflammatoire, elle est, le plus souvent, causée par une infection microbienne. Les principaux microbes causant l'infection à l'origine de la fièvre sont les virus (insensibles aux antibiotiques usuels) et les bactéries (sensibles aux antibiotiques). Les personnes fibro-kystiques ne sont pas plus sujettes que les autres aux infections virales telles que le rhume, la grippe ou la gastro-entérite. Ces infections virales causent habituellement une fièvre légère ou modérée qui ne dépasse généralement pas deux ou trois jours.
Toutefois, en raison des anomalies reliées à leur maladie, les personnes
fibro-kystiques sont très sensibles aux infections bactériennes du système
respiratoire qui suivent souvent l'infection virale initiale. Ces infections
(sinusite, bronchite, pneumonie) peuvent provoquer une fièvre plus importante
et plus prolongée, qui nécessite des traitements antibiotiques. Cependant,
ces infections bactériennes peuvent aussi survenir sans fièvre notable,
probablement en raison du système immunitaire très développé des personnes
fibro-kystiques. Les défenses accrues empêcheraient l'invasion des bactéries
dans les systèmes circulatoires où elles sont plus susceptibles de provoquer
de la fièvre. La variabilité de la fréquence de la fièvre peut donc s'expliquer
partiellement par l'état du système immunitaire des patients. D'autre
part, les gens qui ont une atteinte pulmonaire plus sévère subissent plus
fréquemment des infections susceptibles de causer de la fièvre. Toutefois,
bien que les infections bactériennes puissent survenir sans fièvre, il
est aussi important de les traiter énergiquement avec des antibiotiques.
En attendant que soit résolue l'infection à l'origine de la fièvre, on
peut traiter celle-ci avec des médicaments antipyrétiques (qui réduisent
la fièvre). Les deux principaux médicaments utilisés sont l'acide acétylsalicylique
(aspirine®) et l'acétaminophène (Tylenol®, AtasolMC). Pour
les personnes fibro-kystiques, on privilégie l'emploi de l'acétaminophène,
car l'aspirine® cause davantage d'effets indésirables : elle peut irriter
l'estomac et même, à la longue, causer des ulcères; elle éclaircit le
sang (à proscrire donc chez ceux souffrant d'hémoptysie), et elle est
associée à des réactions rares, mais graves dans certaines infections
virales chez les enfants. Enfin, le repos et la prise suffisante de liquide
sont aussi indiqués lors des accès de fièvre.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Hiver 1995, no 19, pages 28-29
Soif
Est-il vrai que les personnes fibro-kystiques ressentent moins bien la soif que les personnes dites " normales "? Si tel est le cas, comment expliquer que le message de la soif se rende moins bien au cerveau ou ne soit pas bien décodé par celui-ci? Les conséquences d'une mauvaise hydratation sont-elles importantes pour l'organisme?
Selon nos connaissances actuelles, le mécanisme de perception de la soif ne serait pas affecté chez les personnes fibro-kystiques. De fait, le siège de cette perception se situe dans une partie du cerveau où il n'y a pas d'atteinte connue de la maladie. Cela dit, il demeure important de maintenir une bonne hydratation en tout temps; cette mesure favorise entre autres choses le bon fonctionnement intestinal et probablement aussi une meilleure fluidité des sécrétions respiratoires. Une attention particulière doit être accordée durant les périodes de canicule, après un exercice physique intense et pendant les épisodes d'infection respiratoire : un apport de sel doit alors être ajouté aux liquides.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Automne 1997, no 22, pages 29-30
CO2 et débit doxygène
Comment expliquez-vous que mon corps retienne plus de C02 lorsque j'augmente le débit d'oxygène de mon concentrateur d'oxygène?
Disons d'abord que le gaz carbonique (C02) est l'un des déchets de l'organisme. Le taux de C02 dans le sang est le reflet de la ventilation (échanges gazeux effectués par l'appareil respiratoire). Le cerveau, la plupart du temps de façon involontaire et automatique, commande aux muscles respiratoires d'effectuer la ventilation. Trois sortes de signaux avertissent le cerveau qu'il est temps de ventiler : la baisse de l'oxygène (02) dans le sang, l'élévation du C02 dans le sang et, finalement, l'augmentation de l'acidité du sang.
Chez certaines personnes qui présentent une insuffisance respiratoire chronique, il peut se développer une perte de la sensibilité du cerveau au signal de l'élévation du C02; la ventilation n'est donc pas augmentée. Ces gens doivent s'en remettre surtout à la baisse d'02 dans le sang pour indiquer au cerveau qu'une ventilation est nécessaire. Or, si on augmente trop l'02 dans le sang, en augmentant le débit d'oxygène du concentrateur, le cerveau perd son signal principal pour commander la ventilation, et le C02 s'élève dans le sang, causant maux de tête, somnolence et même confusion. Il faut donc, dans ces cas-là, ne pas corriger trop vigoureusement le déficit d'02 : il faut laisser le taux d'oxygène sanguin un peu sous la normale. D'autre part, il faut savoir que le C02 peut s'élever aussi pour d'autres raisons, particulièrement lorsqu'il y a épuisement des muscles respiratoires.
Dr Michel Ruel
Publié à l'origine dans
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Automne 1999, no 24, pages 26-27
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