|
Chronique santé
Les questions et réponses de cette chronique ont été
tirées des numéros antérieurs de la revue SVB.
Toutes les informations contenues dans cette section sont vérifiées
et actualisées périodiquement par le Dr Michel Ruel du Centre
hospitalier universitaire de Québec (CHUQ), pavillon CHUL.
L'intérêt de cette chronique réside dans le fait qu'elle
répond aux questions que les patients fibro-kystiques adressent
le plus fréquemment à leur médecin spécialiste
en fibrose kystique. En cliquant sur le sujet de votre choix, vous aurez
accès aux questions et réponses en rapport avec le thème
sélectionné.
SYMPTÔMES
Anémie et fibrose kystique
Artériosclérose et maladies cardiaques
CO2 et débit doxygène
Diabète et fibrose kystique
Extinction de voix
Fièvre
Hypertrophie du coeur et fibrose kystique
Hypocratisme digital ou « doigts en baguettes de tambour »
Intolérance au sucre
Mauvaise haleine
Reflux gastro-sophagien
Retard de croissance
Pancréatites
Pneumothorax (système respiratoire)
Polypes nasaux et odorat
Problèmes de rate
Pseudomonas multirésistant
Sinusite aigüe
Soif
TRAITEMENTS
Antibiotiques
Antibiotiques et flore bactérienne
Antibiotiques, lait et alcool
Antibiotiques intraveineux et exposition au soleil
Antibiotiques et durée des traitements
Cipro® et entraînement
Tobi®
Anticorps monoclonaux
Cathéter long
Cathéter : P.A.S. Port et Port-O-Cath
Corticostéroïdes (cortisone) : action et effets secondaires
Cortisol
Cyclosporine : actions et effets secondaires
Désensibilisation
Enzymes pancréatiques
Ibuprofène
Ibuprofène et cicatrisation
Méthadone
Oméga-3
Oxygénothérapie
Poids et gavage
Sirop contre la toux
Supers anti-inflammatoires (VioxxMD, CelebrexMD and BextraMD)
Ventolin® : conservation
Vitamine E et fibrose kystique
TRANSPLANTATION
Transplantation : greffe du pancréas
Transplantation et problèmes rénaux
SEXUALITÉ
Sperme
Vaginite
Ventolin®, relation sexuelle et exercice
ViagraMD
PATERNITÉ, MATERNITÉ
Atteinte légère et fertilité masculine
Infertilité masculine
VIE SOCIALE
Risques de contamination
GÉNÉRAL
Acné
et AccutaneMD
Candida albicans
Clostridium difficile
Combinaison de gènes et espérance de vie
Ecstasy
Épilation
Fibrose kystique et dons de sang
Fibrose kystique du pancréas ou mucoviscidose ?
Gaz artériel
Maladies infantiles (variole, rougeole, rubéole, oreillons, etc.)
Phases de recherche
Plantes d'intérieur
SARM
Sports à éviter
Vaccin antipneumococcique
Vaccins antiviraux
Vaccin contre la grippe
Vaccin et voyage
Virus du donneur
Artériosclérose et maladies cardiaques
La fibrose kystique rend-t-elle invulnérable
aux troubles de notre société? On entend partout que l'artériosclérose,
les maladies cardiaques et le diabète sont des maladies qui résultent
d'une mauvaise alimentation. Pourtant, nos diètes n'en tiennent
pas compte. Pourquoi?
Il s'agit d'un sujet fort complexe. Disons tout d'abord que l'artériosclérose
et la maladie cardiaque artérioscléreuse qui en découle
sont surtout favorisées par quatre facteurs principaux : l'hérédité,
le tabagisme, l'hypertension artérielle et l'élévation
de la quantité des graisses (triglycéride et cholestérol)
dans le sang. Ce dernier facteur n'est pas causé seulement par
une « mauvaise alimentation » : des maladies héréditaires
et un mauvais fonctionnement de différents organes y sont souvent
impliqués. La fibrose kystique entraîne une absorption insuffisante
des graisses, de sorte que la quantité de gras dans le sang est
plutôt basse. Les enzymes pancréatiques et la diète
« riche » visent à normaliser la situation, soit à
élever les graisses à un niveau normal ; ceci est essentiel
car les graisses demeurent nécessaires au bon fonctionnement de
l'organisme.
Quant au diabète, c'est une maladie plus fréquente dans
la population fibro-kystique que dans la population en général.
Elle n'est pas due à un excès de sucre, mais plutôt
à un pancréas malade qui ne sécrète pas suffisamment
d'insuline. La phase importante du traitement consiste à pallier
le manque d'insuline au moyen d'injections.
Quant aux sucres, il ne faut pas les éliminer complètement,
car il sont, eux aussi, nécessaires au bon fonctionnement de l'organisme
; on évitera toutefois les sucres (chocolat, desserts sucrés)
concentrés chez les diabétiques. Après cette longue
mise au point, revenons aux questions initiales.
A - Non, la fibrose kystique ne rend pas invulnérable aux maladies
citées plus haut, malgré qu'elle tende naturellement à
abaisser le taux de graisse dans le sang.
B - Les diététiciens adaptent spécifiquement les
diètes pour atteindre deux buts : d'abord, fournir suffisamment
de calories, de graisses, de sucres, de protéines et de vitamines
pour répondre aux besoins de l'organisme ; ensuite, maintenir des
taux normaux (ni élevés, ni bas) de sucre et de graisse
dans le sang.
CHRONIQUE SANTÉ
SVB/ déc. 1989, no 10, pages 39-40
Diabète et fibrose kystique
On vient de m'apprendre que les infections peuvent
causer une glycémie (taux de sucre dans le sang) trop élevée.
Lorsque j'ai une infection pulmonaire, je me sens plus faible et je prends
alors plus de sucre. Dois-je arrêter de le faire?
Chez les fibro-kystiques porteurs d'un diabète ou d'un «
pré-diabète » (intolérance au glucose) mais
non chez les autres fibro-kystiques un stress physique aigu, telle
qu'une infection pulmonaire, peut amener une augmentation du taux de sucre
dans le sang. Toutefois, cette augmentation n'est généralement
pas très importante et ne donne habituellement pas de symptômes
et le tout rentre dans l'ordre avec le traitement de l'infection. Il faudra
cependant parfois temporairement augmenter, chez le diabétique,
la dose d'insuline.
La faiblesse et la fatigue rencontrées lors des infections pulmonaires
sont dues à l'infection elle-même, ainsi qu'à la détérioration
respiratoire causée par l'infection et non par les variations du
taux de sucre dans le sang. Il ne faut donc pas se priver de sucre, ni
en prendre de façon excessive : il faut continuer la diète
habituelle, déjà ajustée par votre diététicien.
CHRONIQUE SANTÉ
SVB/ déc. 1989, no 10, pages 39-40
Pneumothorax (système respiratoire)
Qu'est-ce qu'un pneumothorax?
Pour savoir ce qu'est un pneumothorax, il faut savoir que les deux poumons
sont logés à l'intérieur de la cage thoracique dans
une enveloppe qui comporte deux feuillets : la plèvre.
Le pneumothorax est une entrée d'air à l'intérieur
de ces feuillets. Il peut être causé spontanément
» par la rupture d'une bulle d'emphysème ou par un traumatisme,
par exemple un accident d'automobile ou encore l'installation d'une voie
veineuse centrale par cathéter sous-clavier.
Chez les patients fibro-kystiques, la formation de ces bulles d'emphysème
fait partie de l'histoire naturelle de la maladie. Le traitement optimal
de la maladie pulmonaire permet au moins de retarder la formation de ces
bulles.
Un pneumothorax est accompagné dune douleur au thorax
habituellement subite augmentée par l'inspiration et associée
à une accentuation variable de l'essoufflement.
Le traitement d'un petit pneumothorax (moins de 20%) peut se faire par
le repos et l'observation : en effet, celui-ci peut régresser spontanément.
En cas d'échec ou lors d'un pneumothorax plus important, il est
nécessaire d'insérer un tube dans la plèvre, par
anesthésie locale, au niveau des côtes, afin d'aspirer l'air
qui s'y est introduit. Dans le cas d'une récidive de pneumothorax,
le traitement habituel comporte deux possibilités. La première
solution est la pleurodèse chimique. Elle consiste en l'administration
d'une «substance irritante» dans la plèvre, ce qui
crée une réaction inflammatoire ; cette réaction
amène un accolement des deux feuillets de la plèvre empêchant
l'air de s'introduire entre les deux. L'autre solution est l'intervention
chirurgicale.
Dans le cas particulier du patient fibro-kystique pour qui on envisage
une éventuelle transplantation pulmonaire, on préfère,
dans les cas de récidive, répéter le drainage simple
plutôt que la pleurodèse chimique ou la chirurgie. En effet,
ces dernières amènent toutes deux la formation d'adhérences
qui peuvent compliquer la chirurgie de la transplantation pulmonaire.
CHRONIQUE SANTÉ
SVB/ juin 1991, no 13, pages 32-33
Hypocratisme digital ou « doigts en baguettes de tambour »
Mes doigts sont caractérisés par un
« clubbing » important. Je dois vous avouer que cette anomalie
me trouble beaucoup. J'en fais vraiment un complexe. Comment se fait-il
que mon « clubbing » soit plus important que celui de mes
amis fibro-kystiques pourtant plus malades que moi? Est-ce qu'il existe
des techniques éprouvées pour le faire disparaître?
Le « clubbing » que l'on appelle en français «
hypocratisme digital » est relié à une dilatation
des vaisseaux puis à une prolifération des tissus situés
sous l'ongle des doigts de main et de pied. Ceci provoque un soulèvement
de la base de l'ongle et une augmentation du volume de l'extrémité
des doigts. La sévérité de l'hypocratisme digital
se mesure par l'augmentation de l'angle formé à la jonction
comprise entre la base de l'ongle et la peau adjacente. Un stade avancé
dhypocratisme digital entraîne l'aspect décrit en termes
populaires par « doigts en baguettes de tambour ».
L'hypocratisme ne se rencontre pas seulement chez les personnes atteintes
de fibrose kystique. En effet, d'autres maladies pulmonaires, certaines
maladies cardiaques, des maladies du foie et de l'intestin peuvent également
causer ce phénomène.
En fibrose kystique, l'importance de l'hypocratisme varie chez différents
individus ayant une atteinte pulmonaire de même sévérité
et ceci pour des raisons non connues. Toutefois, l'on peut dire qu'en
général, l'hypocratisme progresse parallèlement avec
la détérioration de la condition pulmonaire.
On peut faire disparaître l'hypocratisme digital dans les situations
où on peut guérir la maladie sous-jacente, par exemple si
on opère une tumeur pulmonaire ou on guérit un abcès
du poumon. Ceci ne pouvait être fait auparavant chez les fibro-kystiques.
Toutefois, on a observé plus récemment que les transplantés
pulmonaires voyaient leur hypocratisme diminuer et même disparaître.
CHRONIQUE SANTÉ
SVB/ juin 1992, no 15, pages 29-30
Mauvaise haleine
J'ai des problèmes avec mon haleine. Bien
que je me brosse régulièrement les dents ou que je me gargarise,
le problème persiste. Comment se fait-il que j'aie ce genre de
difficulté? Comment puis-je m'en sortir? Sans votre aide, je
crains de perdre confiance en moi dans mes relations avec les autres.
Pour les personnes atteintes de fibrose kystique comme pour la population
en général, les problèmes de mauvaise haleine proviennent
le plus souvent de la bouche : l'hygiène buccale, les caries dentaires
et les gingivites sont souvent en cause. De plus, les problèmes
reliés au nez et aux sinus (rhinites, polypes, sinusites) qui sont
fréquents chez les personnes atteintes de fibrose kystique peuvent
parfois être à l'origine de la mauvaise haleine. Finalement,
il faut savoir que dans la fibrose kystique, les bronches dilatées
et déformées (bronchiaectasies) sont le siège d'une
infection chronique. Outre les habituelles Haemophilus et Aeruginosa,
d'autres bactéries de type « anaérobie » (se
développant sans oxygène) peuvent donner une très
mauvaise haleine. Dans ces circonstances, notre expérience montre
qu'en utilisant un antibiotique tel que la clindamycine, on obtient de
bons résultats. En somme, la solution passe souvent par le dentiste,
sinon par le médecin de la clinique ou le spécialiste en
ORL.
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / automne 1998, no 23, pages 28-30
Reflux gastro-sophagien
Depuis deux ou trois ans, j'ai des reflux gastriques
sévères. Même les antiacides ne parviennent pas à
apaiser mon mal. Comment en vient-on à développer ce genre
de problème? Pourquoi certaines personnes atteintes de fibrose
kystique sont-elles plus vulnérables que d'autres à ce type
de complication? Est-il nécessaire de recourir à une chirurgie
de l'estomac pour résoudre le problème? Enfin, les résultats
de l'opération sont-ils vraiment concluants?
Ce dont tu veux parler est plutôt le reflux gastro-sophagien,
c'est-à-dire le reflux du contenu acide de l'estomac dans l'sophage
(le tube amenant la nourriture de la gorge jusqu'à l'estomac).
Il n'est pas anormal d'avoir un peu de reflux; ce qui l'est, c'est d'en
avoir beaucoup, car alors l'acidité du liquide gastrique refluant
irrite la muqueuse plus sensible de lsophage pour donner des
« brûlures » au niveau du sternum et parfois jusqu'à
la gorge. L'irritation peut aussi amener des spasmes au niveau de l'sophage
: la douleur est alors ressentie comme un serrement semblable à
l'angine cardiaque. Les personnes atteintes de fibrose kystique présentent
ce problème de façon plus fréquente que la population
en général. Parmi les raisons invoquées, on peut
citer d'une part la toux chronique qui élève la pression
intragastrique et favorise ainsi le reflux. D'autre part, la porte d'entrée
de l'estomac est constituée d'un sphincter (le sphincter gastro-sophagien)
qui s'ouvre pour laisser passer la nourriture, et se referme ensuite afin
d'éviter le reflux. Il y a plusieurs éléments qui
influencent la contraction de ce sphincter : le tabagisme et des nutriments
comme l'alcool, le café et le chocolat qui diminuent la contraction
du sphincter. Des médicaments broncho-dilatateurs, comme la théophylline
et le salbutamol (Ventolin®) produisent également le même
effet.
Que faire pour se traiter? Voici d'abord les conseils de base : éviter
les gros repas ainsi que les nutriments qui diminuent la force de contraction
du sphincter; éviter aussi de manger avant de vous coucher; et
enfin élever la tête du lit. Nul besoin de discourir sur
le tabagisme dont la toxicité sur le système respiratoire
est mieux connue. On ne doit toutefois pas cesser les broncho-dilatateurs
lorsqu'ils sont nécessaires en traitement respiratoire. En ce qui
concerne les médicaments, on utilise d'abord les antiacides (neutralisant
l'acidité) qui peuvent suffire lorsque le problème est léger.
Toutefois, leur durée d'action est courte, et lorsque le problème
est plus important, on a recours à des agents qui diminuent la
production d'acides par l'estomac. Les antihistaminiques, dont la ranitidine
(Zantac® ), sont efficaces; l'oméprazole (Losec®) et d'autres médicaments
de la même classe le sont davantage. Si le traitement demeure insuffisant,
on peut ajouter des médicaments qui accélèrent la
vidange de l'estomac (exemple : Motilium®, Prepulsid®). Avec toutes ces
mesures, on contrôle la très grande majorité des problèmes
de reflux gastro-sophagien. La chirurgie, solution de dernier recours,
n'a pas à être utilisée fréquemment; elle est
efficace mais pas sans risque, particulièrement chez les patients
qui ont une atteinte pulmonaire importante.
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Automne 1997, no 22, pages 30-31
Anémie et fibrose kystique
Selon mon médecin, j'ai des problèmes
d'anémie. J'aimerais comprendre ce qu'est l'anémie. Peut-on
facilement régler ce type de problème? Pourrais-je parvenir
à l'enrayer en modifiant certaines habitudes de vie (exemple :
régime alimentaire)?
L'anémie se définit par une baisse des globules rouges dans
le sang. Ces globules renferment l'hémoglobine qui d'une part,
sert à transporter l'oxygène des poumons aux tissus et,
d'autre part, à ramener le gaz carbonique un des déchets
de l'organisme des tissus jusquaux poumons. Un manque de
globules rouges se traduit cliniquement par de la pâleur, de la
fatigue et de l'essoufflement à l'effort.
Il est très important de comprendre qu'il peut y avoir plusieurs
causes d'anémie. Il peut s'agir d'un défaut de production
des globules rouges dans la moelle osseuse, problème souvent relié
à un manque de nutriments tels que le fer, l'acide folique ou la
vitamine B12. Le manque de nutriments, quant à lui, peut être
dû à un apport alimentaire insuffisant, mais aussi à
une mauvaise absorption dans le tube digestif. D'autre part, l'anémie
peut être causée par une perte prématurée de
globules rouges : ils peuvent s'échapper à l'extérieur
des vaisseaux (saignements) ou être détruits à l'intérieur
des vaisseaux.
Pour corriger une anémie, il faut donc traiter le problème
depuis son origine. Ainsi, un manque de fer sera compensé par des
comprimés de fer, mais s'il s'agit d'un saignement, il faudra faire
cesser celui-ci. S'alimenter adéquatement selon les conseils diététiques
prodigués à la clinique et prendre régulièrement
les enzymes pancréatiques prescrites demeurent les mesures les
plus importantes pour prévenir l'anémie. Toutefois, étant
donné les causes multiples de l'anémie, le fait de s'astreindre
régulièrement aux contrôles sanguins effectués
à la clinique peut permettre de la dépister précocement,
de l'explorer et de la corriger avant qu'elle ne devienne importante et
symptomatique.
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / automne 1998, no 23, pages 28-30
Retard de croissance
Je viens tout juste d'avoir 16 ans. Mon drame, c'est
que je me trouve beaucoup trop petit. On a beau me répéter
que ma croissance n'est pas terminée, j'ai peur de rester petit
toute ma vie. Existe-t-il des tests qui me permettraient de savoir si
je peux encore grandir et si oui, de combien de centimètres? Croyez-vous
que mon médecin accepterait de me prescrire des hormones de croissance? Rassurez-moi docteur. Le temps joue peut-être contre moi.
En tant que médecin pour adulte, je dois t'avouer que je n'ai pas beaucoup
d'expérience dans les problèmes de croissance. J'ai donc
cru bon de faire appel à l'expérience de confrères
pédiatres endocrinologues. À la lumière de nos discussions,
j'ai retenu que la taille maximale définitive atteinte par un individu
donné est dépendante de plusieurs facteurs. Le premier facteur
est l'hérédité : en effet, si tes parents et grands-parents
ne sont pas de grandes personnes, tes chances de devenir grand sont réduites.
Comme second facteur, il faut retenir le statut endocrinien (hormonal).
Les jeunes fibro-kystiques, au même titre que les autres jeunes,
sont susceptibles de présenter des déficiences en hormones,
particulièrement l'hormone thyroïdienne et l'hormone de croissance.
Ces déficiences ne sont pas très fréquentes, mais
peuvent sûrement être éliminées car il existe
des traitements spécifiques et efficaces pour y remédier
(suppléments hormonaux). Par ailleurs, ce qu'on retrouve le plus
fréquemment chez la clientèle fibro-kystique, ce sont des
retards de croissance liés à la malnutrition et surtout
à l'infection chronique mal contrôlée. Ces deux facteurs
peuvent retarder la maturation sexuelle et la croissance osseuse qui y
est étroitement associée. Or, ces facteurs sont reliés
au traitement optimal de la fibrose kystique elle-même ; je n'insisterai
donc jamais assez pour souligner la très grande importance de la
fidélité au traitement quotidien. Dans certaines circonstances,
il peut être nécessaire d'accélérer la maturation
sexuelle et osseuse par l'utilisation d'hormones sexuelles.
En ce qui concerne ta situation propre, il faut évaluer précisément
lesquels des facteurs expliquent ton retard de croissance. Le pédiatre
de ta clinique est le mieux placé pour effectuer cette évaluation.
Il pourra, au besoin, se faire assister d'un endocrinologue. À
la suite de ces tests (sanguins et radiologiques), le traitement le plus
approprié (pas nécessairement hormonal) pourra être
appliqué.
CHRONIQUE SANTÉ
SVB/ Hiver 1994, no 18, pages 27-28
Fièvre
Lorsque je me compare à d'autres personnes
fibro-kystiques, je trouve que je fais souvent de la fièvre. Comment
expliquez-vous que certaines personnes fibro-kystiques aient ce type particulier
de manifestation? Y a-t-il des trucs efficaces pour atténuer l'inconfort
associé aux poussées de fièvre?
La fièvre est un signe : elle indique quun phénomène
inflammatoire se produit dans l'organisme. Bien qu'elle puisse être
associée à une tumeur ou à une maladie inflammatoire,
elle est, le plus souvent, causée par une infection microbienne.
Les principaux microbes qui causent l'infection à l'origine de
la fièvre sont les virus (insensibles aux antibiotiques usuels)
et les bactéries (sensibles aux antibiotiques). Les personnes f.-.k.
ne sont pas plus sujettes que les autres aux infections virales telles
que le rhume, la grippe ou la gastro-entérite. Ces infections virales
causent habituellement une fièvre légère ou modérée
qui ne dépasse généralement pas deux ou trois jours.
Toutefois, en raison des anomalies reliées à leur maladie,
les personnes f.-k. sont très sensibles aux infections bactériennes
du système respiratoire qui suivent souvent l'infection virale
initiale. Ces infections (sinusite, bronchite, pneumonie) peuvent entraîner
une fièvre plus importante et plus prolongée ; elles nécessitent
des traitements antibiotiques. Cependant, ces infections bactériennes
peuvent aussi survenir sans fièvre notable, probablement en raison
du système immunitaire très développé des
personnes fibro-kystiques. Les défenses accrues empêcheraient
l'invasion des bactéries dans les systèmes circulatoires
où elles sont plus susceptibles de provoquer de la fièvre.
La variabilité de la fréquence de la fièvre peut
donc s'expliquer partiellement par l'état de leur système
immunitaire. D'autre part, les gens qui ont une maladie plus sévère
au niveau pulmonaire subissent plus fréquemment des infections
susceptibles de causer de la fièvre. Toutefois, comme les infections
bactériennes peuvent survenir sans fièvre, il est aussi
important de les traiter énergiquement avec des antibiotiques.
En attendant que soit résolue l'infection à l'origine de
la fièvre, on peut traiter celle-ci avec des médicaments
antipyrétiques (anti-fièvre). Les deux principaux médicaments
sont l'acide acétylsalicylique (Aspirine®) et l'acétaminophène
(Tylénol®, AtasolTM). En fibrose kystique, on privilégie l'acétaminophène,
car l'Aspirine cause davantage d'effets secondaires : elle peut irriter
l'estomac et même, à la longue, causer des ulcères;
elle éclaircit le sang (à proscrire donc chez ceux qui ont
des crachats sanguins); elle est associée à des réactions
rares, mais graves dans certaines infections virales chez les enfants.
D'autre part, le repos et la prise suffisante de liquide sont aussi indiqués
lors des accès de fièvre.
CHRONIQUE SANTÉ
SVB/ Hiver 1995, no 19, pages 28-29
Soif
Est-il vrai que les personnes fibro-kystiques ressentent
moins bien la soif que les personnes dites
« normales »?
Si tel est le cas, comment expliquer que le message de la soif se rende
moins bien au cerveau ou ne soit pas décodé justement par
celui-ci? Les conséquences d'une mauvaise hydratation sont-elles
importantes pour l'organisme?
Selon les connaissances actuelles, le mécanisme de perception de
la soif ne serait pas affecté chez les personnes fibro-kystiques.
De fait, le siège de cette perception se situe à un niveau
du cerveau où il n'y a pas d'atteinte connue de la maladie. Ceci
dit, il demeure important de maintenir une bonne hydratation en tout temps
: ceci favorise entre autres choses le bon fonctionnement intestinal et
probablement aussi une meilleure fluidité des sécrétions
respiratoires. Une attention particulière doit être accordée
durant les périodes de canicule, après un exercice physique
intense et pendant les épisodes d'infection respiratoire : un apport
de sel doit alors être ajouté aux liquides.
CHRONIQUE SANTÉ
SVB / Automne 1997, no 22, pages 29-30
CO2 et débit doxygène
Comment expliquez-vous que mon corps retienne plus
de C02 lorsque j'augmente le débit d'oxygène de mon concentrateur
d'oxygène?
Disons d'abord que le gaz carbonique (C02) est l'un des déchets
de l'organisme et que sa mesure dans le sang est le reflet de la ventilation
(échanges gazeux) effectuée par l'appareil respiratoire.
Toutefois, c'est le cerveau (la plupart du temps de façon involontaire
et automatique) qui commande aux muscles respiratoires d'effectuer la
ventilation. Il y a trois sortes de signaux qui avertissent le cerveau
qu'il est temps de ventiler : ce sont la baisse de l'oxygène (02)
dans le sang, l'élévation du C02 dans le sang et finalement,
l'augmentation de l'acidité sanguine. Chez certaines personnes
qui présentent une insuffisance respiratoire chronique, il peut
se développer une perte de la sensibilité du cerveau au
stimulus de l'élévation du C02 pour augmenter la ventilation.
Ces gens doivent s'en remettre surtout à la baisse d'02 dans le
sang pour stimuler leur respiration. Or, si on augmente trop l'02 dans
le sang, en augmentant le débit d'oxygène du concentrateur,
le cerveau perd son stimulus principal pour commander la ventilation et
le C02 s'élève dans le sang causant maux de tête,
somnolence et même confusion. Il faut donc, dans ces cas-là,
ne pas corriger trop agressivement le déficit d'02 : il faut laisser
le taux d'oxygène sanguin un peu en bas de la normale. D'autre
part, il faut savoir que le C02 peut s'élever aussi pour d'autres
raisons et particulièrement lorsqu'il y a épuisement des
muscles respiratoires.
CHRONIQUE SANTÉ
SVB /automne 1999, no 24, pages 26-27
|